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Edito
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L'IA (Intelligence Artificielle) n'est plus une promesse futuriste, elle est désormais bien installée dans notre quotidien professionnel. En tant que dentistes, nous observons chaque jour l'impact grandissant de ces technologies sur nos pratiques : analyse automatisée de radiographies, assistance dans le diagnostic, rédaction de prescriptions optimisées... L'IA nous permet d'aller plus vite, d'être plus précis, et d'améliorer la prise en charge de nos patients. Toutefois, cette évolution, aussi prometteuse soit-elle, doit être prise avec du recul.
En effet, si l'IA nous assiste dans les tâches techniques et parfois analytiques, elle ne remplace en rien l'essence même de notre profession. Le geste clinique, l'approche thérapeutique, et surtout la relation de confiance avec nos patients, demeurent et resteront entre des mains humaines. Nous soignons des personnes, pas des algorithmes. Et dans ce lien que nous tissons avec nos patients, l'empathie, l'écoute et l'attention sont des éléments cruciaux que la technologie, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut répliquer. L'humain est et restera au coeur de notre métier.
Cela dit, il est important de prendre le tournant de l'IA et de rester à la page pour offrir à nos patients les meilleurs soins possibles. Refuser cetté évolution, c'est risquer de se retrouver à la traîne dans un monde de plus en plus digitalisé. Mais à l'inverse, à trop déléguer à la technologie, nous pourrions aussi nous exposer à un autre danger : celui de l'IH, "incompétence humaine". A force de tout confier aux machines, nous risquons de voir émerger des professionnels (politiques, médicaux, scientifiques...) qui se retrouvent dépassés par des outils qu'ils ne maîtrisent plus. Le risque est de créer une dépendance technologique au détriment de la compréhension, de l'analyse et de l'intelligence critique. En tant qu'enseignant, je ne peux m'empêcher de sourire (jaune) en voyant les premières thèses rédigées par ChatGPT arriver sur mon bureau. Cet exemple illustre à merveille le fait que nos modalités d'enseignement, mais aussi de validation des diplômes, devront bientôt s'adapter pour rester pertinentes. Il ne s'agit plus de former pour la forme, mais bien de réinstaurer les vertus de la réflexion, de la maturité intellectuelle, et de la maîtrise humaine. Nous ne pouvons plus nous contenter de simulations superficielles dans un monde où les outils modernes permettent de contourner, voire dévoyer, ces objectifs. Un avenir où la technologie, si mal utilisée, pourrait appauvrir le "logos", cet esprit rationnel qui nous distingue encore en tant qu'homo sapiens.
Il est donc essentiel de trouver un juste équilibre. Oui à l'IA pour nous soutenir dans nos tâches techniques, mais non à la perte de notre rôle central, non à l'appauvrissement de nos compétences humaines. Nous devons garder en tête que notre intelligence, humaine cette fois, et notre capacité à nouer des relations de confiance avec nos patients, sont irremplaçables.
En somme, préparons-nous à l'avenir en restant curieux et engagés dans l'évolution technologique, mais restons aussi vigilants face aux dérives potentielles de cette dépendance. L'humain doit rester maître de son savoir et de son art, tout en sachant s'entourer intelligemment des outils que l'innovation met à sa disposition. Je serai ravi en ce mois de novembre de vous rencontrer avec mes confrères de l'Académie du Sourire lors du prochain congrès de l'ADF, où nous pourrons échanger... humainement.
Romain Ceinos
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